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« Pedro Arrupe » : différence entre les versions

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{{Infobox Biographie2
{{Infobox Biographie2|charte=prêtre catholique}}
| entete =
| charte = prêtre catholique
| nom = Pedro Arrupe
| image = Bilbao - Universidad de Deusto, Monumento a Pedro Arrupe.jpg
| légende = Monument de Pedro Arrupe, [[université de Deusto]]
| upright =
| graphie originale =
| nom de naissance = ''Pedro Arrupe y Gondra''
| surnom =
| date de naissance = 14 novembre 1907
| lieu de naissance = [[Bilbao]] {{Espagne}}
| date de décès = 5 février 1991
| qualificatif date =
| lieu de décès = [[Rome]] {{Italie}}
| nationalité = espagnole
| pays de résidence = Japon et Rome
| diplôme =
| profession = [[Compagnie de Jésus|Prêtre jésuite]]
| activités = [[Pédagogie|Médecin]], [[Direction spirituelle|Directeur spirituel]], écrivain
| autres activités = Supérieur général des Jésuites
| formation = Médecine, langue japonaise, philosophie et théologie
| hommage =
| ascendants =
| conjoint =
| descendants =
| famille =
| notes = Arrupe fut le 28e supérieur général de la Compagnie de Jésus
| signature =
| emblème =
| légende emblème =
}}


'''Pedro Arrupe y Gondra''', né à [[Bilbao]] le {{date|14 novembre 1907}} et mort à [[Rome]] le {{date|5 février 1991}}, est un [[Compagnie de Jésus|jésuite]] [[Pays basque|basque]] [[espagnol]] qui fut le {{28e}} [[supérieur général de la Compagnie de Jésus]], entre [[1965]] et [[1981]].
'''Pedro Arrupe y Gondra''', né à [[Bilbao]] le {{date|14 novembre 1907}} et mort à [[Rome]] le {{date|5 février 1991}}, est un [[Compagnie de Jésus|jésuite]] [[Pays basque|basque]] [[espagnol]] qui fut le {{28e}} [[supérieur général de la Compagnie de Jésus]], entre [[1965]] et [[1983]].


Élu alors que le [[concile Vatican II]] était encore en session, il eut à cœur d'introduire dans la Compagnie l'esprit et les réformes demandées par le concile, particulièrement dans le domaine de la justice sociale.
Élu alors que le [[concile Vatican II]] était encore en session, il eut à cœur d'introduire dans la Compagnie l'esprit et les réformes demandées par le concile, particulièrement dans le domaine de la justice sociale.


== Jeunesse et formation==
== Jeunesse et formation ==
Né en 1907 à [[Bilbao]], au [[Pays basque]] espagnol, il commence ses études de médicine 1923 à [[Madrid]]. La mort de son père en 1926 le plonge dans le deuil. Après, avec ses quatre sœurs, il se rend en [[pèlerinage]] à [[Lourdes]], où il reste pour à peu près trois mois. Dans ses conversations avec Jean-Claude Dietsch, [[SJ]], il a fait le récit de son expérience :
Né en 1907 à [[Bilbao]], au [[Pays basque]] espagnol, il commence ses études de médecine 1923 à [[Madrid]]. La mort de son père en 1926 le plonge dans le deuil. Après, avec ses quatre sœurs, il se rend en pèlerinage à [[Lourdes]], où il reste à peu près trois mois. Dans ses conversations avec Jean-Claude Dietsch, [[SJ]], il a fait le récit de son expérience :
{{citation bloc|Pour moi, Lourdes est la ville du miracle. J'y ai séjourné pendant quelques trois mois. J'avais obtenu, étant étudiant en médecine, de suivre le travail du Bureau de constatation. J'ai été ainsi le témoin de trois guérisons miraculeuses, au moment même où elles se sont produites au millieu des fidèles qui priaient la [[Vierge Marie]], et lorsque les vérifications médicales ont été menées par des médecins athées. Cela a été pour moi très impressionant, car j'avais souvent entendu, à Madrid, parler mes professeurs - athées eux aussi - des « supercheries de Lourdes ». Là est née ma vocation, dans cette atmosphère à la fois simple et grandiose, aux pieds de la Vierge Marie, entre la prière bruyamment insistante des pèlerins et le doux murmure du gave<ref>Pedro Arrupe, ''Itinéraire d'un Jésuite, entretiens avec Jean-Claude Dietsch, s.j.'', 1982, Paris, page 23 et 24. ISBN 2 227 32030 3</ref>.}}
{{citation bloc|Pour moi, Lourdes est la ville du miracle. J'y ai séjourné pendant quelque trois mois. J'avais obtenu, étant étudiant en médecine, de suivre le travail du Bureau de constatation. J'ai été ainsi le témoin de trois guérisons miraculeuses, au moment même où elles se sont produites au milieu des fidèles qui priaient la [[Vierge Marie]], et lorsque les vérifications médicales ont été menées par des médecins athées. Cela a été pour moi très impressionnant, car j'avais souvent entendu, à Madrid, parler mes professeurs - athées eux aussi - des « supercheries de Lourdes ». Là est née ma vocation, dans cette atmosphère à la fois simple et grandiose, aux pieds de la Vierge Marie, entre la prière bruyamment insistante des pèlerins et le doux murmure du gave<ref>Pedro Arrupe, ''Itinéraire d'un Jésuite, entretiens avec Jean-Claude Dietsch, s.j.'', 1982, Paris, p. 23-24 {{ISBN|2 227 32030 3}}</ref>.}}


Cette expérience agit en lui comme une interrogation de sa vie. Il décide d'arrêter ses études de médecine à Madrid et entre dans la [[Compagnie de Jésus]] en janvier 1927.
Cette expérience agit en lui comme une interrogation sur le sens de sa vie. Il décide d'arrêter ses études de médecine à Madrid et entre dans la [[Compagnie de Jésus]] en {{date-|janvier 1927}}.


Quand le gouvernement républicain espagnol expulse les jésuites d'Espagne, en 1932, il poursuit ses études en [[Belgique]], aux [[Pays-Bas]] et aux [[États-Unis]], où il est ordonné [[Prêtre catholique|prêtre]]. À [[New York]], il est [[aumônier]] des hispanophones en prison. Depuis longtemps désireux d'être [[Missionnaire (chrétien)|missionnaire]], il part en 1938 pour le [[Japon]], où il est bientôt maître des [[Noviciat|novices]], à [[Hiroshima]]. Quand explose la [[Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki|première bombe atomique]], il se dévoue avec ses novices auprès des blessés et moribonds. Plus tard, il est supérieur provincial des jésuites du Japon. La {{31e}} [[Congrégation générale]], convoquée à la suite du décès du [[Jean-Baptiste Janssens]], se réunit en 1965 et élit Pedro Arrupe [[supérieur général de la Compagnie de Jésus]] le 22 mai 1965.
Quand le gouvernement républicain espagnol expulse les jésuites d'Espagne, en 1932, il poursuit ses études en [[Belgique]], aux [[Pays-Bas]] et aux [[États-Unis]], où il est ordonné [[Prêtre catholique|prêtre]]. À [[New York]], il est [[aumônier]] des hispanophones en prison. Depuis longtemps désireux d'être [[Missionnaire (chrétien)|missionnaire]], il part en 1938 pour le [[Japon]], où il est bientôt maître des [[Noviciat|novices]], à [[Hiroshima]]. Quand explose la [[Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki|première bombe atomique]], il se dévoue avec ses novices auprès des blessés et moribonds. Présent le matin du {{date-|6 août 1945}}, il est donc un survivant du [[Bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki|bombardement atomique d'Hiroshima.]] Plus tard, il est supérieur provincial des jésuites du Japon. La {{31e}} [[Congrégation générale]], convoquée à la suite du décès du [[Jean-Baptiste Janssens]], se réunit en 1965 et élit Pedro Arrupe [[supérieur général de la Compagnie de Jésus]] le {{date-|22 mai 1965}}.


== Supérieur général des Jésuites==
== Supérieur général des Jésuites ==
Selon le père [[Jean-Yves Calvez]], qui fut un de ses assistants généraux à Rome et l'un de ses biographes, Pedro Arrupe fut l'un des acteurs de l'esprit du [[Vatican II|concile]] et un leader spirituel en son temps, comme [[Hélder Câmara|Dom Helder Camara]] à [[Recife]] et, de façon différente, [[Roger Schutz|frère Roger]], plus récemment, à [[Communauté de Taizé|Taizé]]. Son dynamisme spirituel, son tempérament [[mysticisme|mystique]] et passionné, mais aussi sa grande bonté, toujours attentive à chaque personne concrète, exercèrent un rayonnement sur les jésuites et sur beaucoup dans l'[[Église catholique]]. Convaincu que la Compagnie, dans sa préoccupation pour influencer les élites socio-politiques, s'était trop exclusivement engagée auprès des nantis et des classes dirigeantes, il fut fréquemment en butte aux éléments conservateurs de l'Église et de sa hiérarchie. En 1974, une nouvelle [[Congrégation générale]] est convoquée<ref>La {{32e}} (CG XXXII)</ref>, qui entérine la ligne d'Arrupe, affirmant même que le service de la foi auquel est vouée la Compagnie est indissociablement lié à la promotion de la justice<ref>[http://www.jesuiten.ch/images/4_Pedro_Arrupe_B.pdf Pierre Emonet SJ, ''Pedro Arrupe S.J., Un prophète dans la tourmente.'', in revue ''Choisir'' {{n°|575}}, novembre 2007]</ref>.
{{refnec|Selon le père [[Jean-Yves Calvez]], qui fut un de ses assistants généraux à Rome et l'un de ses biographes, Pedro Arrupe fut l'un des acteurs de l'esprit du [[Vatican II|concile]] et un leader spirituel en son temps, comme [[Hélder Câmara|Dom Helder Camara]] à [[Recife]] et, de façon différente, [[Roger Schütz]] (frère Roger), à [[Communauté de Taizé|Taizé]]}}. Son dynamisme spirituel, son tempérament [[mysticisme|mystique]] et passionné, mais aussi sa grande bonté, toujours attentive à chaque personne concrète, exercèrent un rayonnement sur les jésuites et sur beaucoup dans l'[[Église catholique]]. Convaincu que la Compagnie, dans sa préoccupation pour influencer les élites socio-politiques, s'était trop exclusivement engagée auprès des nantis et des classes dirigeantes, il fut fréquemment en butte aux éléments conservateurs de l'Église et de sa hiérarchie. En 1974, une nouvelle [[Congrégation générale]] est convoquée<ref>La {{32e}} (CG XXXII)</ref>, qui entérine la ligne d'Arrupe, affirmant même que le service de la foi auquel est vouée la Compagnie est indissociablement lié à la promotion de la justice<ref>[http://www.jesuiten.ch/images/4_Pedro_Arrupe_B.pdf Pierre Emonet SJ, ''Pedro Arrupe S.J., Un prophète dans la tourmente.'', in revue ''Choisir'' {{n°|575}}, novembre 2007]</ref>.


En Amérique latine, il pousse la Compagnie à prendre sa part dans la lutte sociale et à s'engager en faveur des pauvres et des marginaux, comme de toutes les victimes de l’injustice<ref>Pierre Emonet SJ, op. cit.</ref>. Il écrivait en 1979 : {{Citation|Nous cesserions d’être de vrais fils de [[Ignace de Loyola|saint Ignace]] si nous ne mettions pas en œuvre tous nos moyens pour répondre à cette clameur. Par l’évangélisation nous pouvons rendre un service signalé, efficace, mais elle attirera aussi sur nous de grandes oppositions, voire des persécutions, provenant peut-être d’où nous les attendions le moins<ref>Lettre du 5 novembre 1979 aux jésuites d’Amérique latine, citée par Pierre Emonet SJ, op. cit</ref>}}.
En Amérique latine, il pousse la Compagnie à prendre sa part dans la lutte sociale et à s'engager en faveur des pauvres et des marginaux, comme de toutes les victimes de l’injustice<ref>Pierre Emonet SJ, op. cit.</ref>. Il écrivait en 1979 : {{Citation|Nous cesserions d’être de vrais fils de [[Ignace de Loyola|saint Ignace]] si nous ne mettions pas en œuvre tous nos moyens pour répondre à cette clameur. Par l’évangélisation nous pouvons rendre un service signalé, efficace, mais elle attirera aussi sur nous de grandes oppositions, voire des persécutions, provenant peut-être d’où nous les attendions le moins}}<ref>Lettre du 5 novembre 1979 aux jésuites d’Amérique latine, citée par Pierre Emonet SJ, op. cit</ref>.


Incompris et souvent taxé d'optimisme naïf par la [[curie romaine]]<ref>Pierre Emonet SJ, op. cit</ref>, Pedro Arrupe resté fidèle à la ligne définie par les Congrégations générales, est désavoué quasi publiquement par [[Jean-Paul II]]<ref>Discours de [[Jean-Paul II]] du 21 septembre 1979, cité par Pierre Emonet, op. cit.</ref>.
Incompris et souvent taxé d'optimisme naïf par la [[curie romaine]]<ref>Pierre Emonet SJ, op. cit</ref>, Pedro Arrupe resté fidèle à la ligne définie par les Congrégations générales, est désavoué quasi publiquement par [[Jean-Paul II]]<ref>Discours de [[Jean-Paul II]] du 21 septembre 1979, cité par Pierre Emonet, op. cit.</ref>.


Après l'[[accident vasculaire cérébral]] du père Arrupe qui le laisse [[Aphasie|aphasique]] et paralysé, le pape suspend le droit de la Compagnie et, annulant la nomination de [[Vincent O'Keefe]] comme vicaire général, nomme à sa place un délégué personnel avec pleins pouvoirs : le jésuite italien [[Paolo Dezza]] qui sera assisté de [[Giuseppe Pittau]], missionnaire au Japon, avec pour mission de remettre de l'ordre dans la Compagnie soupçonnée d'être trop proche de la [[théologie de la libération]], bien que la position d'Arrupe fût nuancée. Il préconisait le dialogue avec les marxistes afin de « faire voir que le christianisme est pour les hommes un message incomparablement plus riche qu’aucun concept, si utile soit-il, de l’analyse marxiste »<ref>ité par [http://www.choisir.ch/spip.php?article365 Pierre Bréchet, ''Pedro Arrupe, prophète et réformateur'', in revue ''Choisir'', mars 1991] {{Lien archive|url=http://www.choisir.ch/spip.php?article365 |titre=Copie archivée |date=20180717223142 }}</ref>. Cela sera vu comme une immixtion dans le processus électoral des Jésuites<ref>[https://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-996529@51-996666,0.html Henri Tincq, ''Les jésuites en conclave à Rome pour désigner un nouveau "général"'', in "Le Monde", 08/01/2008]</ref>.
Après l'[[accident vasculaire cérébral]] du père Arrupe qui le laisse [[Aphasie|aphasique]] et paralysé, le pape suspend le droit de la Compagnie et, annulant la nomination de [[Vincent O'Keefe]] comme vicaire général, nomme à sa place un délégué personnel avec pleins pouvoirs : le jésuite italien [[Paolo Dezza]] qui sera assisté de [[Giuseppe Pittau]], missionnaire au Japon, avec pour mission de remettre de l'ordre dans la Compagnie soupçonnée d'être trop proche de la [[théologie de la libération]], bien que la position d'Arrupe fût nuancée. Il préconisait le dialogue avec les marxistes afin de « faire voir que le christianisme est pour les hommes un message incomparablement plus riche qu’aucun concept, si utile soit-il, de l’analyse marxiste »<ref>Cité par [http://www.choisir.ch/spip.php?article365 Pierre Bréchet, ''Pedro Arrupe, prophète et réformateur'', in revue ''Choisir'', mars 1991] {{Lien archive|url=http://www.choisir.ch/spip.php?article365 |titre=Copie archivée |horodatage archive=20180717223142 }}</ref>. Cela sera vu comme une immixtion dans le processus électoral des Jésuites<ref>[https://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-996529@51-996666,0.html Henri Tincq, ''Les jésuites en conclave à Rome pour désigner un nouveau "général"'', ''Le Monde'', 08/01/2008]</ref>.


Nombre d'observateurs considèrent Pedro Arrupe comme un véritable refondateur de l'ordre<ref>[[Henri Tincq]] in ''[[Le Monde]]'', op. cit.</ref>, ayant transformé l'image d'une Compagnie gardienne du conservatisme par le développement du travail dans le domaine de l’[[apostolat]] social et la priorité donnée à la lutte contre la pauvreté. Sous son supériorat, le nombre des Jésuites baisse de 36 000<ref>{{lien web|langue=en|auteur=David M. Cheney|url=http://www.catholic-hierarchy.org/diocese/dqsj0.html |titre=Society of Jesus|site=Catholic-Hierarchy|date=17 août 2013}}</ref> à un peu plus de 23 000<ref>[https://fr.zenit.org/articles/augmentation-des-vocations-jesuites/ Zenit]</ref>.
Nombre d'observateurs considèrent Pedro Arrupe comme un véritable refondateur de l'ordre<ref>[[Henri Tincq]] in ''[[Le Monde]]'', op. cit.</ref>, ayant transformé l'image d'une Compagnie gardienne du conservatisme par le développement du travail dans le domaine de l’[[apostolat]] social et la priorité donnée à la lutte contre la pauvreté. Sous son supériorat, le nombre des Jésuites baisse de 36 000<ref>{{lien web|langue=en|auteur=David M. Cheney|url=http://www.catholic-hierarchy.org/diocese/dqsj0.html |titre=Society of Jesus|site=catholic-hierarchy.org|date=17 août 2013}}</ref> à un peu plus de 23 000<ref>[https://fr.zenit.org/articles/augmentation-des-vocations-jesuites/ Zenit]</ref>.


== Combat pour la foi et la justice ==
== Combat pour la foi et la justice ==

Président de l'Union des supérieurs généraux de [[1965]] à [[1983]], le père Arrupe participe aux grandes assemblées de l'Église. Il œuvre activement pour la rénovation de la [[vie religieuse]] et aide les Jésuites à percevoir leur mission comme un service de la foi qui implique un combat pour la justice. Ses nombreux voyages lui permettent de réaliser qu'une part au moins de l'incroyance contemporaine s'explique par le scandale de l'[[injustice sociale]], criante dans nombre de pays du Sud, et plus subtile dans l'hémisphère Nord.
Président de l'Union des supérieurs généraux de [[1965]] à [[1983]], le père Arrupe participe aux grandes assemblées de l'Église. Il œuvre activement pour la rénovation de la [[vie religieuse]] et aide les Jésuites à percevoir leur mission comme un service de la foi qui implique un combat pour la justice. Ses nombreux voyages lui permettent de réaliser qu'une part au moins de l'incroyance contemporaine s'explique par le scandale de l'[[injustice sociale]], criante dans nombre de pays du Sud, et plus subtile dans l'hémisphère Nord.


Peu de temps avant la [[thrombose]] qui va le réduire au silence de l'infirmité pendant les dix dernières années de sa vie, il crée le [[Service jésuite des réfugiés]] (JRS), car, disait-il, dépouillés de tout, les réfugiés sont les plus pauvres des pauvres. Missionnaire avant tout, il veut que l'[[Évangile]] soit annoncé dans les langues et les cultures du monde. Cette nécessaire [[inculturation]] de la [[foi chrétienne]] est l'une de ses principales intuitions. Il veut aussi que les Jésuites, comme éducateurs, aident chacun à devenir {{citation|un homme-pour-les-autres}}.
Peu de temps avant la [[thrombose]] qui va le réduire au silence de l'infirmité pendant les dix dernières années de sa vie, il crée le [[Service jésuite des réfugiés]] (JRS), car, disait-il, dépouillés de tout, les réfugiés sont les plus pauvres des pauvres. Missionnaire avant tout, il veut que l'[[Évangile]] soit annoncé dans les langues et les cultures du monde. Cette nécessaire [[inculturation]] de la [[foi chrétienne]] est l'une de ses principales intuitions. Il veut aussi que les Jésuites, comme éducateurs, aident chacun à devenir {{citation|un homme-pour-les-autres}}.

On peut cependant lui reprocher une vision plus politique que théologique de sa mission, adaptant le message évangélique à la société, allant ainsi à contrario de la mission traditionnelle de l’Église.


== Souvenir et béatification ==
== Souvenir et béatification ==
De nombreux bâtiments, généralement associés aux œuvres apostoliques de la Compagnie de Jésus, rappellent la mémoire du père Arrupe. Parmi eux, un auditoire de l'[[UNamur]], où il étudia, porte son nom. Tous les cours des étudiants de {{1re|année}} en médecine sont donnés dans celui-ci.
De nombreux bâtiments, généralement associés aux œuvres apostoliques de la Compagnie de Jésus, rappellent la mémoire du père Arrupe. Parmi eux, un auditoire de l'[[UNamur]], où il étudia, porte son nom. Tous les cours des étudiants de {{1re|année}} en droit sont donnés dans celui-ci


En juillet 2018, la cause en béatification de Pedro Arrupe est ouverte par le diocèse de Rome<ref>[https://www.jesuites.com/le-diocese-de-rome-ouvre-la-cause-en-beatification-du-pere-jesuite-pedro-arrupe/ « Le diocèse de Rome ouvre la cause en béatification du père jésuite Pedro Arrupe »], sur ''jesuites.com'', 30 juillet 2018.</ref>.
En {{date-|juillet 2018}}, la cause en béatification de Pedro Arrupe est ouverte par le diocèse de Rome<ref>[https://www.jesuites.com/le-diocese-de-rome-ouvre-la-cause-en-beatification-du-pere-jesuite-pedro-arrupe/ « Le diocèse de Rome ouvre la cause en béatification du père jésuite Pedro Arrupe »], ''jesuites.com'', 30 juillet 2018.</ref>.


== Notes et références ==
== Notes et références ==
{{Références|colonnes=2}}
{{Références}}


== Bibliographie ==
== Voir aussi ==
=== Bibliographie ===
* Pedro Arrupe, ''Comme je vous ai aimés : méditations sur le cœur de Jésus'', préface de [[Karl Rahner]], éd. de l'Emmanuel, Paris, 2004, {{ISBN|291531313X}}
* Pedro Arrupe, ''Comme je vous ai aimés : méditations sur le cœur de Jésus'', préface de [[Karl Rahner]], éd. de l'Emmanuel, Paris, 2004 {{ISBN|291531313X}}
* Pedro Arrupe, ''Écrits pour évangéliser'', textes présentés par Jean-Yves Calvez, coll.Christus {{numéro|59}}, éd. Desclée De Brouwer, Paris, 1985 {{ISBN|2-220-02540-3}}
* Pedro Arrupe, ''Écrits pour évangéliser'', textes présentés par Jean-Yves Calvez, coll.Christus {{numéro|59}}, éd. Desclée De Brouwer, Paris, 1985 {{ISBN|2-220-02540-3}}
* [[Jean-Yves Calvez]], ''Le père Arrupe, l'Église après le Concile'', éd. du Cerf, Paris, 1997 {{ISBN|9782204055932}}
* [[Jean-Yves Calvez]], ''Le père Arrupe, l'Église après le Concile'', éd. du Cerf, Paris, 1997 {{ISBN|9782204055932}}
*Jean-Yves Calvez, ''Les choix du père Arrupe'', dans ''[[Étvdes]]'', vol.151, oct.2007, {{pp.|355, 365}}.
* Jean-Yves Calvez, ''Les choix du père Arrupe'', dans ''[[Étvdes]]'', vol.151, oct. 2007, {{p.|355, 365}}.
* François Bechau, ''Prier 15 jours avec Pedro Arrupe'', éd. Nouvelle Cité, {{numéro|86}}, 2004 {{ISBN|285313461X}}
* François Bechau, ''Prier 15 jours avec Pedro Arrupe'', éd. Nouvelle Cité, {{numéro|86}}, 2004 {{ISBN|285313461X}}
* Gianni La Bella (éd.), ''Pedro Arrupe, supérieur général des Jésuites (1965-1983): le gouvernement d’un prophète'', Coll. Au singulier, éd.Lessius, {{numéro|18}}, {{ISBN|978-2-87299-189-1}}
* Gianni La Bella (éd.), ''Pedro Arrupe, supérieur général des Jésuites (1965-1983): le gouvernement d’un prophète'', Coll. Au singulier, éd.Lessius, {{numéro|18}} {{ISBN|978-2-87299-189-1}}


=== Liens externes ===
{{Liens}}
* [https://jrs.net/fr/home/ Service jésuite des réfugiés (JRS)]
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[[Catégorie:Hibakusha]]
[[Catégorie:Hibakusha]]

Dernière version du 15 juin 2023 à 11:48

Pedro Arrupe
Fonction
Préposé général de la Compagnie de Jésus
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 83 ans)
Rome (Italie)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Pedro Arrupe y GondraVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Colegio Calasancio de Bilbao (d) (-)
Université de Valladolid
Université centrale de MadridVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Ordre religieux
Étape de canonisation

Pedro Arrupe y Gondra, né à Bilbao le et mort à Rome le , est un jésuite basque espagnol qui fut le 28e supérieur général de la Compagnie de Jésus, entre 1965 et 1983.

Élu alors que le concile Vatican II était encore en session, il eut à cœur d'introduire dans la Compagnie l'esprit et les réformes demandées par le concile, particulièrement dans le domaine de la justice sociale.

Jeunesse et formation

[modifier | modifier le code]

Né en 1907 à Bilbao, au Pays basque espagnol, il commence ses études de médecine 1923 à Madrid. La mort de son père en 1926 le plonge dans le deuil. Après, avec ses quatre sœurs, il se rend en pèlerinage à Lourdes, où il reste à peu près trois mois. Dans ses conversations avec Jean-Claude Dietsch, SJ, il a fait le récit de son expérience :

« Pour moi, Lourdes est la ville du miracle. J'y ai séjourné pendant quelque trois mois. J'avais obtenu, étant étudiant en médecine, de suivre le travail du Bureau de constatation. J'ai été ainsi le témoin de trois guérisons miraculeuses, au moment même où elles se sont produites au milieu des fidèles qui priaient la Vierge Marie, et lorsque les vérifications médicales ont été menées par des médecins athées. Cela a été pour moi très impressionnant, car j'avais souvent entendu, à Madrid, parler mes professeurs - athées eux aussi - des « supercheries de Lourdes ». Là est née ma vocation, dans cette atmosphère à la fois simple et grandiose, aux pieds de la Vierge Marie, entre la prière bruyamment insistante des pèlerins et le doux murmure du gave[1]. »

Cette expérience agit en lui comme une interrogation sur le sens de sa vie. Il décide d'arrêter ses études de médecine à Madrid et entre dans la Compagnie de Jésus en .

Quand le gouvernement républicain espagnol expulse les jésuites d'Espagne, en 1932, il poursuit ses études en Belgique, aux Pays-Bas et aux États-Unis, où il est ordonné prêtre. À New York, il est aumônier des hispanophones en prison. Depuis longtemps désireux d'être missionnaire, il part en 1938 pour le Japon, où il est bientôt maître des novices, à Hiroshima. Quand explose la première bombe atomique, il se dévoue avec ses novices auprès des blessés et moribonds. Présent le matin du , il est donc un survivant du bombardement atomique d'Hiroshima. Plus tard, il est supérieur provincial des jésuites du Japon. La 31e Congrégation générale, convoquée à la suite du décès du Jean-Baptiste Janssens, se réunit en 1965 et élit Pedro Arrupe supérieur général de la Compagnie de Jésus le .

Supérieur général des Jésuites

[modifier | modifier le code]

Selon le père Jean-Yves Calvez, qui fut un de ses assistants généraux à Rome et l'un de ses biographes, Pedro Arrupe fut l'un des acteurs de l'esprit du concile et un leader spirituel en son temps, comme Dom Helder Camara à Recife et, de façon différente, Roger Schütz (frère Roger), à Taizé[réf. nécessaire]. Son dynamisme spirituel, son tempérament mystique et passionné, mais aussi sa grande bonté, toujours attentive à chaque personne concrète, exercèrent un rayonnement sur les jésuites et sur beaucoup dans l'Église catholique. Convaincu que la Compagnie, dans sa préoccupation pour influencer les élites socio-politiques, s'était trop exclusivement engagée auprès des nantis et des classes dirigeantes, il fut fréquemment en butte aux éléments conservateurs de l'Église et de sa hiérarchie. En 1974, une nouvelle Congrégation générale est convoquée[2], qui entérine la ligne d'Arrupe, affirmant même que le service de la foi auquel est vouée la Compagnie est indissociablement lié à la promotion de la justice[3].

En Amérique latine, il pousse la Compagnie à prendre sa part dans la lutte sociale et à s'engager en faveur des pauvres et des marginaux, comme de toutes les victimes de l’injustice[4]. Il écrivait en 1979 : « Nous cesserions d’être de vrais fils de saint Ignace si nous ne mettions pas en œuvre tous nos moyens pour répondre à cette clameur. Par l’évangélisation nous pouvons rendre un service signalé, efficace, mais elle attirera aussi sur nous de grandes oppositions, voire des persécutions, provenant peut-être d’où nous les attendions le moins »[5].

Incompris et souvent taxé d'optimisme naïf par la curie romaine[6], Pedro Arrupe resté fidèle à la ligne définie par les Congrégations générales, est désavoué quasi publiquement par Jean-Paul II[7].

Après l'accident vasculaire cérébral du père Arrupe qui le laisse aphasique et paralysé, le pape suspend le droit de la Compagnie et, annulant la nomination de Vincent O'Keefe comme vicaire général, nomme à sa place un délégué personnel avec pleins pouvoirs : le jésuite italien Paolo Dezza qui sera assisté de Giuseppe Pittau, missionnaire au Japon, avec pour mission de remettre de l'ordre dans la Compagnie soupçonnée d'être trop proche de la théologie de la libération, bien que la position d'Arrupe fût nuancée. Il préconisait le dialogue avec les marxistes afin de « faire voir que le christianisme est pour les hommes un message incomparablement plus riche qu’aucun concept, si utile soit-il, de l’analyse marxiste »[8]. Cela sera vu comme une immixtion dans le processus électoral des Jésuites[9].

Nombre d'observateurs considèrent Pedro Arrupe comme un véritable refondateur de l'ordre[10], ayant transformé l'image d'une Compagnie gardienne du conservatisme par le développement du travail dans le domaine de l’apostolat social et la priorité donnée à la lutte contre la pauvreté. Sous son supériorat, le nombre des Jésuites baisse de 36 000[11] à un peu plus de 23 000[12].

Combat pour la foi et la justice

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Président de l'Union des supérieurs généraux de 1965 à 1983, le père Arrupe participe aux grandes assemblées de l'Église. Il œuvre activement pour la rénovation de la vie religieuse et aide les Jésuites à percevoir leur mission comme un service de la foi qui implique un combat pour la justice. Ses nombreux voyages lui permettent de réaliser qu'une part au moins de l'incroyance contemporaine s'explique par le scandale de l'injustice sociale, criante dans nombre de pays du Sud, et plus subtile dans l'hémisphère Nord.

Peu de temps avant la thrombose qui va le réduire au silence de l'infirmité pendant les dix dernières années de sa vie, il crée le Service jésuite des réfugiés (JRS), car, disait-il, dépouillés de tout, les réfugiés sont les plus pauvres des pauvres. Missionnaire avant tout, il veut que l'Évangile soit annoncé dans les langues et les cultures du monde. Cette nécessaire inculturation de la foi chrétienne est l'une de ses principales intuitions. Il veut aussi que les Jésuites, comme éducateurs, aident chacun à devenir « un homme-pour-les-autres ».

On peut cependant lui reprocher une vision plus politique que théologique de sa mission, adaptant le message évangélique à la société, allant ainsi à contrario de la mission traditionnelle de l’Église.

Souvenir et béatification

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De nombreux bâtiments, généralement associés aux œuvres apostoliques de la Compagnie de Jésus, rappellent la mémoire du père Arrupe. Parmi eux, un auditoire de l'UNamur, où il étudia, porte son nom. Tous les cours des étudiants de 1re année en droit sont donnés dans celui-ci

En , la cause en béatification de Pedro Arrupe est ouverte par le diocèse de Rome[13].

Notes et références

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  1. Pedro Arrupe, Itinéraire d'un Jésuite, entretiens avec Jean-Claude Dietsch, s.j., 1982, Paris, p. 23-24 (ISBN 2 227 32030 3)
  2. La 32e (CG XXXII)
  3. Pierre Emonet SJ, Pedro Arrupe S.J., Un prophète dans la tourmente., in revue Choisir no 575, novembre 2007
  4. Pierre Emonet SJ, op. cit.
  5. Lettre du 5 novembre 1979 aux jésuites d’Amérique latine, citée par Pierre Emonet SJ, op. cit
  6. Pierre Emonet SJ, op. cit
  7. Discours de Jean-Paul II du 21 septembre 1979, cité par Pierre Emonet, op. cit.
  8. Cité par Pierre Bréchet, Pedro Arrupe, prophète et réformateur, in revue Choisir, mars 1991 « Copie archivée » (version du sur Internet Archive)
  9. Henri Tincq, Les jésuites en conclave à Rome pour désigner un nouveau "général", Le Monde, 08/01/2008
  10. Henri Tincq in Le Monde, op. cit.
  11. (en) David M. Cheney, « Society of Jesus », sur catholic-hierarchy.org,
  12. Zenit
  13. « Le diocèse de Rome ouvre la cause en béatification du père jésuite Pedro Arrupe », jesuites.com, 30 juillet 2018.

Bibliographie

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  • Pedro Arrupe, Comme je vous ai aimés : méditations sur le cœur de Jésus, préface de Karl Rahner, éd. de l'Emmanuel, Paris, 2004 (ISBN 291531313X)
  • Pedro Arrupe, Écrits pour évangéliser, textes présentés par Jean-Yves Calvez, coll.Christus no 59, éd. Desclée De Brouwer, Paris, 1985 (ISBN 2-220-02540-3)
  • Jean-Yves Calvez, Le père Arrupe, l'Église après le Concile, éd. du Cerf, Paris, 1997 (ISBN 9782204055932)
  • Jean-Yves Calvez, Les choix du père Arrupe, dans Étvdes, vol.151, oct. 2007, p. 355, 365.
  • François Bechau, Prier 15 jours avec Pedro Arrupe, éd. Nouvelle Cité, no 86, 2004 (ISBN 285313461X)
  • Gianni La Bella (éd.), Pedro Arrupe, supérieur général des Jésuites (1965-1983): le gouvernement d’un prophète, Coll. Au singulier, éd.Lessius, no 18 (ISBN 978-2-87299-189-1)

Liens externes

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