Paris : devenir parents en temps de confinement, «c’est flippant»

    Depuis un mois, Julie est l’heureuse maman d’une petite fille. Mais entre les mesures sanitaires à la maternité et le confinement, sa nouvelle vie avec bébé n’a pas démarré comme elle l’avait espéré.

     Paris (XVe), le 15 avril. Depuis son retour de la maternité, il y a un mois, Julie reste confinée chez elle avec son conjoint et Lila, qui n’a toujours pas pu rencontrer le reste de sa famille.
    Paris (XVe), le 15 avril. Depuis son retour de la maternité, il y a un mois, Julie reste confinée chez elle avec son conjoint et Lila, qui n’a toujours pas pu rencontrer le reste de sa famille. DR

    Le mardi 17 mars, elle a pointé le bout de son nez. Lila est née à 7 heures, dans une maternité du quartier Nation (XIIe arrondissement), à Paris.

    Sa maman est arrivée la veille au soir, alors que les contractions duraient déjà depuis de longues heures. Julie, 32 ans, a connu un accouchement difficile qui s'est achevé par une césarienne. « Au moment de procéder à l'intervention, mon conjoint n'a pas eu le droit de m'accompagner alors qu'en temps normal, il aurait pu être là. Malgré la présence des soignants, ça a été très dur à vivre. Lila a été emportée sans que je puisse la voir, pour qu'on l'aide à respirer… », raconte-t-elle, un pincement au cœur. Car le 17 mars, c'est aussi le premier jour du confinement mis en place afin de lutter contre la propagation du coronavirus.

    Une fois en chambre, les mesures sanitaires sont drastiques. Port du masque obligatoire pour le papa, pas plus d'une personne à la fois dans la pièce en présence de la mère et l'enfant. Et bien sûr, aucune visite. « J'avais imaginé les choses différemment. C'est mon premier bébé, je voyais déjà ma famille et mes amis auprès de nous, ils étaient tous très excités de rencontrer Lila… Je sais que c'était pour le mieux, mais nous étions tristes », confie Julie.

    «Je n'avais pas suivi ce qui se passait»

    Trois jours après l'accouchement, le personnel évoque avec les jeunes parents une sortie anticipée, mais après son intervention, Julie préfère rester à la maternité jusqu'à samedi. « Vendredi, on m'annonce que je peux partir, prétextant que je serais mieux chez moi. Je me suis sentie poussée dehors, se souvient-elle. J'ai dû demander de l'aide pour descendre mes affaires jusqu'à l'accueil car mon conjoint n'était plus autorisé à la maternité, par mesure de précaution. Personne n'avait réalisé. Ils avaient l'air dépassés. »

    La famille rentre chez elle, dans le XVe arrondissement. Et c'est à ce moment-là que Julie prend conscience de la crise. « Avant, j'étais dans ma bulle de grossesse. Je n'avais pas suivi ce qui se passait », assure celle qui a vite été rattrapée par la réalité du confinement.

    « Obtenir un rendez-vous médical, c'est très compliqué. S'ils se sentent malades, coronavirus ou pas, les soignants préfèrent annuler pour ne prendre aucun risque. Ça a été le cas d'une sage-femme, de la pédiatre, du kiné… », explique Julie, qui a tout de même pu se rendre dans un centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Paris pour y faire peser Lila et être accompagnée. La situation préoccupe néanmoins la jeune maman.

    « Je me demande comment je vais faire ma rééducation, que je dois commencer dans deux semaines, et surtout comment soulager ma fille… » La petite souffre d'un torticolis et ne dort pas bien. « Il lui faudrait un ostéopathe, mais nous n'arrivons pas à trouver un. Nous avons eu une téléconsultation avec un kiné pour nous montrer comment la manipuler, mais ce n'est pas pareil. »

    Sentiment de solitude

    Si une sortie a été tentée avec bébé, désormais, les parents, pas très rassurés, alternent seuls les courses. Et les visites, évidemment, il n'y en a pas ! Du coup, la petite Lila deviendrait presque « trop fusionnelle » avec ses parents. Fatigue, stress, angoisse : le confinement accentue le sentiment de solitude du couple, qui a tout à apprendre de son nouveau rôle.

    « Devenir parents c'est flippant, dans ces conditions, c'est perturbant. Lorsque le président a annoncé qu'on restait confiné jusqu'au 11 mai minimum, j'ai badé. Lila a déjà 1 mois, mes proches ne la verront pas avant ses 2 mois au mieux. Un bébé à cet âge, ça change si vite… Ce n'est pas ce que j'avais imaginé », regrette-t-elle.

    Pour se donner du courage et garder le lien, Julie partage son quotidien sur Instagram ( @l_aventure_de_devenir_mere ). De quoi se sentir moins seule dans cette épreuve.

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