Elle publie ses (drôles de) demandes de HLM

Elle publie ses (drôles de) demandes de HLM

    Elle vous accueille avec un large sourire. « Voici le lieu du crime », annonce-t-elle en ouvrant sa porte sur une pièce aussi bariolée que la garde-robe d'un cirque. Depuis huit ans, Marie Mahéo vit avec son fils Duaine, 15 ans, dans ce qu'elle appelle sa « boîte à chaussures ». Soit 27 m 2 perchés au cinquième étage d'une petite rue du X e arrondissementâ?¦ dont elle aimerait bien pousser les murs. Et qui font l'objet du livre « Complainte pour un HLM » qu'elle vient de publier.

    Intérimaire, mais aussi artiste plasticienne et musicienne, cette grande brune de 38 ans a fait sa première demande de HLM en 1996. Il y a deux ans, en regardant « les Evadés » de Frank Darabont, elle a un déclic : comme le détenu qui envoie deux lettres par semaine au Sénat, elle décide d'écrire plusieurs fois par mois au maire du X e et à Bertrand Delanoë pour leur réclamer un logement plus grand.

    « Pas plus loin que sur le palier, une famille a déjà vécu à sept dans 27 m 2 »

    « Je ne voulais pas faire de lettre classique, raconte Marie Mahéo. Donc, je me suis mise à raconter ma vie dans 27 m 2 â?¦ » Les 70 missives composées par l'artiste entre le 3 décembre 2006 et le 14 avril 2008 sont aujourd'hui répertoriées dans un drôle d'ouvrage*. Dessins, collages, chansons, slams, charades ou poèmesâ?¦ Tous abordent avec humour et légèreté cette histoire de mal-logement contemporaine.

    Comme cette lettre inaugurale : « Entre mon fils qui chausse du 44 et dont la taille va bientôt rejoindre la longueur de ses pieds et donc dépasser de son lit et bloquer la fermeture de la porte de sa toute petite chambre et l'invasion de sculptures et autres créations , il est temps que je change ! » Pas question pour Marie Mahéo de se complaire dans le misérabilisme (« Pas plus loin que sur le palier, une famille a déjà vécu à sept dans 27 m 2 , souligne-t-elle. Je ne vais pas pleurer parce que je dors sur un matelas. ») Mais la jeune femme voulait transformer son dialogue « avec un interlocuteur invisible » en un échange artistique et ludique.

    Quand on évoque la possibilité de quitter Paris, cette Nantaise secoue la tête. « J'ai besoin de la ville, du bruit et de l'agitation », assure-t-elle. Alors, Marie Mahéo va poursuivre ses lettresâ?¦ « Maintenant que mon livre a été publié, je crois au miracle », lâche-t-elle dans un grand rire.

    * « Complainte pour un HLM », Seuil, 9,50 â?¬. Voir aussi www.complaintepourunhlm.com.